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Publié par Gab

Pourquoi les hôtesses sont-elles épuisées ?

On entend souvent parler du jet-lag, autrement dit du décalage horaire. Quand il est midi à Paris, il est minuit à New-York et 20h à Tokyo. Pourquoi ce changement d’horaire affecte-t-il tant le corps ?

 

Parce que le cycle circadien est perturbé.

Le sommeil est un besoin physiologique. C’est une succession de 4 ou 5 cycles de 1h30 à 2h00 commençant par une phase de sommeil lent (endormissement) suivie du sommeil profond (je résume). Cette succession de cycles est marquée par une phase de sommeil paradoxal ou de réveil.

Le cycle circadien est le rythme BIOLOGIQUE de 24 heures pour lequel l’être humain est "paramétré". Ce sont les intervalles de temps entre lesquelles nous sommes éveillés ou endormis. Le changement fréquent de fuseaux horaires engendre des troubles sur le corps et le cerveau. A cela s’ajoute la fatigue du vol en lui-même. Eprouvé, le corps a alors besoin de plus de deux jours pour récupérer, alors que nous partons en vol parfois un jour et demi après être revenu du vol précédent. Manquant de lumière du jour ou au contraire en recevant trop, l’horloge biologique ne sait plus où elle en est. Même chose pour les PNC sur court et moyen-courriers qui connaissent des levers tôt plusieurs jours d’affilée (3h ou 4h du matin, au mieux).

La fatigue, même après deux jours de casi-hibernation, est alors encore palpable. Cet état est quelquefois source de conflit parmi les foyers dits "navigants-non-navigants". Les conjoints ne mesurent pas toujours pourquoi on peut être fatigué même après une bonne nuit de sommeil. En toute honnêteté, c’est un état physique que je n’imaginais même pas avant de le vivre. Le retour de vol (de nuit), c’est comme un retour à la maison en rampant suite à une nuit de folie, d’ivresse et surtout d’excès. Bouche pâteuse, yeux bouffis et secs, migraine, jambes ultra-lourdes, bref, le cocktail parfait de l’ivrogne malgré lui. Dans le train de banlieue qui me ramène chez moi depuis l'aéroport, je m'endors très souvent (bouche ouverte, grande classe). Le mois dernier, un jeune homme a eu peur que je rate ma station et m'a réveillée avant de sortir du wagon (merci, vous m'avez épargnez un bien long trajet). Parfois, après avoir enchaîné 2 ou 3 rotations en peu de temps, il m'arrive de m'endormir vers midi (soit en rentrant chez moi) pour me réveiller le lendemain matin à 9h ou 10h. L'appel du lit sur le trajet de la maison est aussi intense que mon irritabilité et mon émotivité. Si je vois une publicité pour la SPA, je fond. Si on me frôle, je mords. Oui, parce que, après une nuit de vol, je ne parviens plus à formuler une phrase correcte. Rentrer, se laver, DORMIR, manger. Beaucoup manger. Trop manger. Vous savez pourquoi les PNC sont les pros du yoyo ? 

 

 

Oh ! Que ce métier se mérite !

 

La fatigue chez les navigants est devenu un enjeu majeur dans l'aviation. Un module spécifique de formation lui est d'ailleurs dédié, et tous les crew doivent y être sensibilisés pendant leur maintien des compétences annuel. Il s'agit du Fatigue Risk Management System (FRMS), instauré par IATA*. La fatigue est en effet inévitable chez les êtres humains et elle peut être la cause d'erreurs pouvant aller jusqu'à la catastrophe. Le FRMS implique une approche proactive en obligeant les acteurs du secteur à respecter les temps de vol et de repos (entre autres) rédigés dans l'ORO FTL** à jour et à les adapter si besoin, sous réserve d'acceptation de l'autorité, en fonction de ses activités. IATA propose aussi des documents de support pour les compagnies aériennes. Ce module est fondamental pour les PNT, mais il est aussi de la plus haute importance pour les cabin crew : l'urgence peut survenir à tout moment, même à la dernière seconde du roulage...

Certains PNC vivent mieux le décalage horaire que d’autres. Quelques uns sont contraints d’avoir recours à la mélatonine pour s’endormir (alors que celle-ci est secrétée naturellement par le corps généralement entre 3h00 et 4h00). De nombreux facteurs entrent alors en compte, tels que l'âge, la forme, le système immunitaire (si un petit microbe pointe le bout de son nez), l'hygiène de vie et l'hydratation.

Pour résumer, les PNC sont sujets à la fatigue à cause des horaires décalés, des temps de travail assez longs et intenses, du travail de nuit, du décalage horaire, et de l'environnement de travail en lui-même (38 000 pieds d'altitude + radiations + bruit des moteurs + toxicité de l'air + charges lourdes = BIIIIM). Heureusement, la législation nous préserve relativement grâce à des jours de repos plus nombreux que dans un travail "ordinaire" et à des limitations de temps de travail très strictes. Il est d'ailleurs important de souligner que le navigant est autant responsable que son employeur de veiller au respect de ce temps de travail limite.

 


​​​​​*Le site de IATA pour en savoir plus.

**Les ORO FTL, sur le site de l'EASA.

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