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Publié par Gab

En soi, le métier de PNC n'est pas compliqué. S'il y a beaucoup d'éléments à connaître par coeur, révisés d'ailleurs avant chaque vol et contrôlés une fois par an, nous sommes formés pour réagir dans l'urgence, sans réfléchir de trop. Concernant les tâches de service, ce sont également des automatismes. Mise à part quelques clients un poil difficiles, ou des aléas d'exploitations, vue de l'extérieur, la fonction de PNC peut sembler aucunement stressante ni fatigante (combien de passagers imaginent que nous faisons l'aller-retour PARIS-NEW-YORK dans la même journée...). 

Loin d'être le métier le plus difficile et pénible au monde, il en reste néanmoins éprouvant pour le corps et l'esprit. La précarité du secteur implique l'enchaînement sans fin de CDD et en résulte une pression énorme sur les épaules des PNC en attente de renouvellement, qui doivent être en forme 24h/24 et 7j/7, peu importe leur état de santé. Il faut se présenter toutes dents dehors à chaque vol pour ne rien laisser transparaître, dans l'espoir de décrocher un jour le saint GRAAL qu'est le CDI dans l'aérien. Pour ceux qui détiennent déjà le CDI, l'arrêt maladie est alors plus accessible, mais non sans répercutions financières ni personnelles puisque le planning s'en voit parfois modifié, sans parler du fait que nos collègues appelés au pied lever doivent également repenser leur organisation familiale et sociale. Pas cool.

 

Quels sont les risques physiques liés au métier de PNC ?

 

- Les délicates oreilles des PNC :

Ce que peut de personnes peuvent comprendre, c'est qu'un petit rhume puisse nous contraindre à annuler un vol. Il est vrai que quand je bossais dans un bureau, une rhinopharyngite ou une bronchite ne m'empêchait pas de me lever à 7h00 du matin, prendre ma petite voiture et aller m'asseoir derrière mon écran, pour répondre au téléphone ni envoyer des mails bien au chaud dans l'open-space. Si on oublie la vilaine gastro ou la grippe, aller travailler malade était difficile mais possible. Sauf que la réglementation aérienne nous interdit d'aller travailler malade. Pourquoi ?

- Car l'air de l'avion, on le partage avec tous les passagers et membres d'équipages pendant plusieurs heures, le risque de contamination est énorme. Les PNC manipulent les plateaux repas, gobelets, etc... Mieux vaut ne pas éternuer dans le trolley.

- Car l'air de l'avion est sec, propice à la prolifération des bactéries dans les voies aériennes et à l'assèchement de ces dernières puisque qu'un corps en activité dans un avion se déshydrate considérablement.

- Le bruit des avions est extrêmement désagréable, surtout dans les plus vieux appareils et dans les officines, là où nous passons la plus grosse majorité du temps. Cela fragilise les oreilles à la longue, car contrairement aux pilotes, nous ne sommes pas autorisés à porter des casques à réduction de bruits homologués pendant nos heures de travail :D .

- Et enfin car si nous sommes congestionnés, la pression ne peut pas s'équilibrer normalement dans les trompes d'eustache au moment de la descente. Là, la douleur est insupportable, la surdité survient pour quelques heures, voire quelques jours et les séquelles peuvent être définitives, engendrant une perte de licence médicale, donc, le chômage. D'autant plus que nous ne sommes plus à même d'écouter les bruits qui pourraient être suspects ou les ordres du Commandant de bord lors de la phase d'atterrissage.

 

 

- Le transit. Ames sensibles, s'abstenir.

J'en reviens aux changements de pression atmosphériques... Ils affectent non seulement les oreilles mais toutes les cavités "vides" du corps, telles que l'estomac...

Avez-vous déjà observé une bouteille d'eau pendant une descente d'avion? Cette bouteille, c'est notre ventre. L'air y gonfle et...doit s'évacuer d'une manière ou d'une autre. Beaucoup de PNC sont donc régulièrement "gênés" et souffrent d'un transit difficile et douloureux. Allez, je vais l'écrire et l'assumer : les hôtesses de l'air lâchent des caisses.

Un mythe s'effondre. 

Bien sûr, la nourriture délicieuse des PEQ, les repas pris à des horaires sans cesse différents et les expériences culinaires en escales jouent aussi leur rôle... Je vous parlais il y a quelques mois de la prise de poids des PNC ici...

 

 

- Le dos bossu.

Il faut le tirer et le pousser ce trolley, il faut les monter ces bagages qui traînent aux pieds des fainéants passagers, il faut sans arrêt se baisser, se relever, lever les bras, s'asseoir sur des sièges raides et supporter les vibrations et les turbulences. Le mal de dos fait partie des plus importantes pathologies de perte de licence médicale. Lumbagos, dorsalgies, déformation des hanches, sciatique, hernies, raideur de la nuque et j'en passe.

 

 

- Les jambes qui gonflent : mollets ronds et genoux cagneux.

Encore cette fichue histoire de pressurisation. Les veines sont aussi fragilisées par l'avion et la station debout prolongée. Les bons gestes (ici) suffiront à la plupart d'entre nous pour entretenir une bonne circulation, mais quelques hôtesses doivent bénéficier d'un suivi médical régulier pour se faire scléroser de temps à autre.

 

- Les pieds tordus.

Les escarpins... Ces chaussures trop serrées, raides et toujours trop hautes qui déforment les pieds quand on les porte trop longtemps... Je continue à briser le mythe en vous parlant des nos oignons, hallux valgus et ongles incarnés ou pas ?

 

 

Et dans la tête ?

Sourire en permanence, même à un passager odieux ou à l'humour plus que douteux, mettre de l'eau dans son vin avec des collègues pas toujours sympa pour assurer le CRM sur le vol, contrôler son apparence pour être toujours impeccable... Facile ?

Non. Pour un job d'été, certainement. Mais année après année, les PNC peuvent développer le "syndrome de l'hôtesse de l'air". Nous sommes des ouvriers émotionnels payés à rassurer, à véhiculer une image de marque et à faire passer l'uniforme avant notre personnalité. Même si notre vie personnelle est un cauchemar, il faut épuiser notre quota d'amabilité et de patience tout au long du vol, même de nuit. 

 

 

Nous savons tous que refouler ses émotions engendre bon nombre de symptômes, des douleurs chroniques à la dépression et même l'alcoolisme. En rentrant à la maison, difficile de faire l'impasse sur la fatigue et de continuer à sourire aux passants ou pire, à notre famille. Décuplé par la fatigue des vols, le stress refoulé est un poison pour le corps et l'esprit. Il faut trouver son échappatoire, que ce soit le sport, la méditation, une sortie entre amis, etc. Je ferai bientôt un post sur la solitude du PNC, trop souvent ignorée...

 

Prendre soin de soi au quotidien, écouter son corps et savoir lâcher prise est essentiel à la pratique de notre métier sur le long terme. 

 

 

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